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Cloud public, privé ou hybride : comment choisir
La question n'est pas « quel modèle est le meilleur » mais « qui partage les machines avec moi, et qu'est-ce que j'accepte de déléguer ». Dans le cloud public, le matériel est mutualisé entre des milliers de clients. Dans le cloud privé, il est réservé à une seule organisation. L'hybride relie les deux, et le communautaire réserve le partage à un groupe défini.
Ces quatre modèles de déploiement viennent de la même définition de référence que les cinq caractéristiques du cloud, publiée par le NIST en 2011. Quinze ans plus tard, la nomenclature tient toujours, parce qu'elle décrit une réalité simple : le degré de partage du matériel.
Le choix se joue rarement sur la technique. Il se joue sur quatre variables concrètes : la régularité de votre charge de travail, vos obligations réglementaires, les compétences dont vous disposez en interne, et votre capacité à partir si le fournisseur déçoit. Ce guide les passe en revue, puis donne les erreurs qui reviennent le plus souvent.
Au sommaire
Les quatre modèles de déploiement
Qu'est-ce que le cloud public ?
Le cloud public met des ressources à disposition de tout client qui les paie, sur une infrastructure partagée. Votre machine virtuelle tourne sur un serveur physique qui héberge aussi celles d'autres entreprises, séparées par une couche de virtualisation. Vous n'avez ni à connaître ni à choisir ce serveur.
C'est le modèle le moins cher à l'usage, parce que le fournisseur amortit son matériel sur un grand nombre de clients. C'est aussi le plus élastique : la capacité disponible dépasse de très loin ce qu'une organisation seule pourrait immobiliser.
Qu'est-ce que le cloud privé ?
Le cloud privé réserve les machines à une seule organisation. Elles peuvent se trouver dans ses propres locaux, ou chez un hébergeur qui lui dédie du matériel. Le point commun est l'exclusivité : aucun autre client ne partage le processeur ni le disque.
Ce modèle donne la maîtrise complète de la configuration, du calendrier des mises à jour et de la localisation. En contrepartie, vous financez la capacité de pointe toute l'année, et vous assumez l'exploitation.
Qu'est-ce que le cloud hybride ?
Le cloud hybride relie une infrastructure privée à un cloud public, de sorte que les deux fonctionnent comme un ensemble. L'usage classique consiste à garder les données sensibles ou les traitements réguliers en privé, et à absorber les pics dans le public.
La difficulté n'est pas technique mais organisationnelle. Deux environnements signifient deux façons de déployer, deux modèles de sécurité et deux factures. Beaucoup d'hybrides ne sont pas choisis : ils résultent d'une migration inachevée.
Qu'est-ce que le cloud communautaire ?
Le cloud communautaire est partagé entre plusieurs organisations qui ont des exigences communes, souvent réglementaires. On le rencontre dans la santé, la recherche et le secteur public, où des institutions mutualisent une infrastructure conforme à leurs contraintes propres.
Le comparatif en un tableau
| Critère | Public | Privé | Hybride |
|---|---|---|---|
| Partage du matériel | Avec d'autres clients | Exclusif | Les deux selon la charge |
| Coût de départ | Nul | Élevé | Moyen à élevé |
| Élasticité | Très forte | Limitée au matériel possédé | Forte côté public |
| Contrôle de la configuration | Partiel | Total | Variable |
| Charge d'exploitation | Faible | Forte | Double |
| Convient surtout à | Charges variables, projets courts | Charges stables, exigences d'exclusivité | Transitions, pics saisonniers |
Le critère qui tranche le plus souvent. Regardez la courbe de votre charge sur une année. Si le pic dépasse le double de la moyenne, le public est presque toujours plus économique. Si la charge est plate, le privé redevient compétitif, car vous cessez de payer une élasticité que vous n'utilisez jamais.
Hybride et multicloud ne sont pas synonymes
La confusion est fréquente et elle fausse les discussions. Le cloud hybride combine deux modèles de déploiement différents, typiquement du privé et du public. Le multicloud désigne l'usage simultané de plusieurs fournisseurs publics.
Les motivations diffèrent. On devient hybride pour garder la main sur une partie du système. On devient multicloud pour réduire la dépendance à un acteur unique, ou parce que chaque fournisseur est meilleur sur un service précis. Le multicloud complique la facturation et exige des compétences sur chaque plateforme, ce que sous-estiment beaucoup de projets.
Les cinq critères qui décident
- La variabilité de la charge. Plus elle varie, plus le public est rentable. Une charge plate se paie moins cher en propre.
- Les obligations réglementaires. Certains secteurs imposent une localisation, une exclusivité du matériel ou un droit d'audit. Ces contraintes se lisent avant de comparer les prix.
- La latence. Un atelier industriel qui pilote des machines a besoin de calcul sur place. Aucun cloud distant ne rattrape la vitesse de la lumière, comme l'explique notre guide sur la circulation de l'information.
- Les compétences internes. Un cloud privé sans équipe d'exploitation devient un serveur non mis à jour. C'est la première cause de vulnérabilité durable.
- La réversibilité. Demandez-vous comment vous partiriez. Si la réponse n'existe pas, le prix affiché n'est pas le prix réel.
Le cas suisse
La nouvelle loi fédérale sur la protection des données, entrée en vigueur le 1er septembre 2023, encadre la communication de données personnelles à l'étranger. Le transfert reste possible vers un pays offrant une protection adéquate, ou moyennant des garanties contractuelles. La localisation des serveurs n'est donc pas interdite hors de Suisse, mais elle doit être justifiée et documentée.
Plusieurs hébergeurs suisses proposent des régions locales, ce qui simplifie ce travail de conformité et réduit la latence pour un public national. Attention cependant : héberger en Suisse chez la filiale d'un groupe étranger ne suffit pas à échapper au droit du pays de la maison mère. Ce point, souvent mal compris, est détaillé dans notre dossier sur la souveraineté des données.
Trois erreurs fréquentes
Migrer à l'identique
Déplacer des serveurs vers le cloud sans rien changer donne le pire des deux mondes : le prix de la location et l'inefficacité de l'ancien dimensionnement. Une machine calibrée pour le pic tourne au ralenti onze mois sur douze, et vous la payez à plein tarif chaque heure.
Oublier les frais de sortie
Chez la plupart des grands fournisseurs, faire entrer des données est gratuit et les faire sortir est facturé au gigaoctet. Une base de plusieurs téraoctets peut représenter une facture de sortie à quatre chiffres, réglable une seule fois, mais au plus mauvais moment : celui où vous partez.
Confondre exclusivité et sécurité
Un cloud privé mal entretenu est moins sûr qu'un cloud public bien configuré. L'exclusivité supprime le voisinage, pas les vulnérabilités. Ce qui protège, ce sont les correctifs appliqués, les droits d'accès réduits au minimum et les sauvegardes testées, sujets traités dans notre guide sur le chiffrement et la confidentialité.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre cloud public et cloud privé ?
Dans le cloud public, le matériel est partagé entre de nombreux clients qui l'ignorent les uns des autres. Dans le cloud privé, les machines sont réservées à une seule organisation, qu'elles soient dans ses locaux ou chez un hébergeur. Le partage fait baisser le prix et monter la mutualisation ; l'exclusivité fait l'inverse et donne la maîtrise complète de la configuration.
Cloud hybride et multicloud, est-ce la même chose ?
Non. Le cloud hybride combine deux modèles de déploiement différents, par exemple une infrastructure privée reliée à un cloud public. Le multicloud désigne l'usage de plusieurs fournisseurs publics en parallèle, par exemple deux hébergeurs concurrents. Une organisation peut être hybride sans être multicloud, et l'inverse est tout aussi courant.
Le cloud privé est-il plus sûr que le cloud public ?
Pas mécaniquement. Le cloud privé supprime le voisinage d'autres clients, mais il vous laisse seul responsable des correctifs, de la surveillance et de la sécurité physique. Les grands fournisseurs publics disposent d'équipes de sécurité que peu d'organisations peuvent financer. Le modèle le plus sûr est celui que vos équipes savent réellement administrer.
Quel modèle choisir pour une PME suisse ?
Le cloud public suffit dans la grande majorité des cas, à condition de choisir une région de stockage en Suisse ou en Europe et de vérifier les engagements contractuels sur la localisation. Le cloud privé se justifie quand une obligation sectorielle impose l'exclusivité du matériel, ou quand une charge lourde et parfaitement stable rend la location permanente plus chère que l'achat.
Qu'est-ce qu'un cloud souverain ?
L'expression désigne une infrastructure opérée par une entité soumise au seul droit d'un pays donné, sans société mère susceptible de recevoir une injonction étrangère. La localisation des serveurs ne suffit pas à la définir : ce qui compte est la nationalité de l'opérateur et la chaîne de contrôle capitalistique. Le terme n'a pas de définition légale unique, il faut donc lire les engagements précis.
Peut-on changer de modèle après coup ?
Oui, mais le coût dépend de ce que vous avez utilisé. Migrer des machines virtuelles standards est un projet de quelques semaines. Migrer une application construite sur des services managés propres à un fournisseur suppose de réécrire du code. Prévoir la sortie dès la conception, en privilégiant les formats ouverts, réduit fortement cette facture.
Nicolas Poirier
Passionné d'informatique et de réseaux. J'écris ici les explications que j'aurais aimé trouver en débutant : sans jargon inutile, et en ramenant le cloud à ce qu'il est réellement, des machines, des câbles et des contrats.
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Le modèle de déploiement dit qui partage les machines. Il ne dit rien de ce que vous déléguez réellement au fournisseur. Louer une machine nue et souscrire un logiciel prêt à l'emploi relèvent tous deux du cloud public, alors que le travail restant à votre charge n'a rien de comparable. C'est la distinction entre les trois modèles de service, expliquée dans IaaS, PaaS, SaaS : les différences.
Si votre décision dépend surtout de la localisation des données, commencez plutôt par où sont stockées vos données, qui décrit ce qu'est une région et ce qu'elle garantit.
